samedi 17 mars 2018

Romano Guardini ( 1885-1968)


Romano Guardini (1885-1968)

Un numéro de La Maison-Dieu consacré à Romano Guardini
Le volume N°291 de La Maison-Dieu consacré à Romano Guardini est paru en mars 2018 aux éditions du Cerf.
Depuis cent ans, Romano Guardini accompagne le Mouvement et la réforme liturgiques, par son action, en particulier au château de Rothenfels, où se réunissaient les jeunes du Quickborn, et par ses écrits. Philosophe, théologien, prêtre, accompagnateur spirituel, il a profondément marqué son époque en proposant une vision renouvelée de la liturgie, attentive au sens profond des rites, à la place des acteurs, et il a su la partager.


Sommaire et résumé des articles

Romano Guardini à l’aube du Mouvement liturgique : L’Esprit de la liturgie, Arnaud Join-Lambert
En 1918, Romano Guardini publie son premier livre L’esprit de la liturgie (Vom Geist der Liturgie). Ce petit essai va connaitre un énorme succès, devenant un classique incontournable de la liturgie et ayant une grande influence dans l’Église catholique jusqu’au concile Vatican II. Cet article fait le point des dernières recherches sur l’origine et le contexte de ce livre, à l’aide notamment de la publication récente de la correspondance de Guardini (dont celle avec Cunibert Mohlberg). Un paragraphe est consacré au chapitre 5 sur « la liturgie comme jeu », central pour Guardini, et qui fit l’objet de discussion dès le début (et jusqu’à aujourd’hui). La deuxième partie analyse le contenu de l’ouvrage, en particulier les trois premiers chapitres. L’article examine enfin la réception postconciliaire de L’esprit de la liturgie, accordant une large part au livre de 2001 du cardinal Joseph Ratzinger et des polémiques qui suivirent. L’article est suivi de la publication de la préface de l’abbé Herwegen à la première édition de l’ouvrage.

Romano Guardini, une théologie fondamentale de la liturgie, Jean-Louis Souletie
Le « discours de la méthode » systématique en science liturgique proposé par Guardini cherche à articuler deux perspectives différentes mais corrélées : l’épaisseur historique des rites, et la portée dogmatique de leur signification. Il énonce au passage quelques pièges à éviter dans le traitement des données historiques, et les conditions d’une véritable herméneutique liturgique. Jean-Louis Souletie montre comment ces apports ont été profitables pour le discernement dans le travail de réforme, et comment la méthode systématique nous aide aujourd’hui à mieux comprendre la liturgie ancienne et contemporaine. Il éclaire également le propos de Guardini sur la méthode en science liturgique en le rapprochant de ses sources philosophiques telles que les présente son ouvrage intitulé La polarité.

Romano Guardini et la formation liturgique, Sophie Gall-Alexeeff
Romano Guardini a porté une attention toute particulière à la nécessaire formation liturgique. Cela transparaît dans nombre de ses écrits et, plus spécialement, dans son livre Liturgische Bildung, en 1923, qui jusqu’à maintenant n’était pas disponible en langue française. Situant cet écrit majeur dans l’ensemble de son œuvre, cet article fait le point sur les enjeux de la formation liturgique selon Guardini et les moyens qu’elle est appelée à déployer. Le théologien procédant, le plus souvent, par association d’images contraires pour faire entrer dans une compréhension fine et large, qui n’enferme pas dans une définition trop stricte. Le terme allemand Bildung choisi par Guardini est d’ailleurs particulièrement intéressant par son ouverture de sens qui est rassemblé ici sous le terme « formation ». L’article se termine par de longues citations de l’ouvrage étudié, mises à disposition des lecteurs en traduction française et dont la pertinence est relevée. Cela concerne : la distinction entre formation liturgique et science liturgique ; le rapport âme et corps dans la liturgie ; l’articulation intériorité et extériorité ; et le rapport individu et communauté. Autant de questions centrales dans l’œuvre de Guardini.

L’édifice de la prière : pôles objectif et subjectif, Fr. Tarcisius Dejoie
En 1913, dom M. Festugière, bénédictin de l’abbaye belge de Maredsous fut à l’origine d’une controverse qui opposa tout d’abord les bénédictins de Belgique aux jésuites de la province de Toulouse, à propos de la dimension objective de la vie de prière. La dispute, qui dépassa rapidement le cadre de la Belgique et de la France, s’est attachée surtout, à un aspect finalement secondaire du débat : la critique ou la défense de la méthode de spiritualité ignatienne. L’intérêt de la réflexion de R. Guardini dans son article de 1921 réside surtout dans le fait qu’il identifie l’objet principal et les véritables termes du débat. Commençant par lever la suspicion jetée contre la spiritualité jésuite, il reprend alors l’essentiel de la question, à savoir le rapport entre les besoins individuels des fidèles – qui touchent à la sanctification mais sont aussi d’ordre affectif – et le pôle objectif de la prière que la liturgie garantit dans une large mesure.
Aujourd’hui encore, le questionnement et l’analyse rigoureuse du théologien allemand paraissent pertinents à qui cherche un éclairage sur le problème complexe du rapport, ou des apports mutuels, de la prière de l’église et de la prière personnelle, dans la vie du fidèle chrétien.

La notion de « Liturgiefähigkeit » (capacité liturgique) : Une question d’actualité permanente, Davide Pesenti
Les sciences liturgiques se sont régulièrement interrogées sur la « Liturgiefähigkeit », c’est-à-dire sur « la capacité liturgique » de l’homme au XXè siècle, surtout depuis la célèbre lettre de Romano Guardini à Johannes Wagner, à l’occasion du Congrès liturgique qui a eu lieu en 1964 à Mayence. Actualisant cette intuition guardinienne pour le contexte ecclésial contemporain, cette contribution vise à présenter un des concepts-clés de ce que la théologie a nommé « la Question liturgique ». La visée de ce bref parcours est d’abord de repérer quelques présupposés et conditions d’une participation holistique à l’action liturgique, comme elle a été demandée par le concile Vatican II et promue par la réforme liturgique qui l’a suivi. Dans un deuxième temps, l’article se propose d’approfondir le rôle et l’actualité permanente du questionnement théologique concernant la « capacité liturgique » de l’homme postmoderne pour l’ensemble de la vie de l’Église ainsi que pour la réflexion présente et future en sciences liturgiques.

Offrir avec le peuple, offrir pour le peuple ? Une question liturgique post-tridentineGilles Drouin
Le Concile de Trente a été suivi d’une modification profonde de la disposition spatiale des édifices de culte catholique, avec en particulier une réarticulation du sanctuaire et de la nef (disparition ou ouverture des jubés, disposition « à la romaine » de certains autels). Les Instructions sur le Rituel de Mgr Joly de Choin, évêque de Toulon, un important ouvrage de formation et de régulation liturgique dont l’influence s’étendra jusqu’au milieu du XIXè  siècle, témoigne à la fois de la réception d’une théologie de l’offrande commune du sacrifice de la messe par le prêtre et les fidèles dans la France post-tridentine et de la difficulté de sa traduction liturgique effective. L’examen de cette question dans le contexte pastoral des Instructions, éclaire une des difficultés de la pastorale à la française du XVIIIè siècle, incapable malgré la formation du clergé, le zèle apostolique de nombreux prêtres, de rendre effective une participation liturgique à la messe, avec le risque de réduire la liturgie à ses dimensions d’observance rubricale et d’exhortation morale, sans qu’un recours possible aux ressources de la dévotion ou du théâtre baroque puisse même en partie suppléer à cette carence.




Publication : Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

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