samedi 21 janvier 2017

Les particularités de l'écoute des personnes âgées

Georges Arbuz, Écouter les sujets âgés, avec la participation de Éliane Feldman, éd. Érès, coll. Prendre soin des personnes âgées... et des autres, 2016, 306 p., 16 €.
Cet ouvrage est né « du constat selon lequel une formation à l'écoute et une expérience d'accompagnement de sujets âgés sont certes des préalables nécessaires mais pas suffisants pour jouer pleinement un rôle auprès des aînés ». Sa première partie décrit le contexte dans lequel les aînés, nés pour la majorité entre 1930 et 1950, ont grandi et vécu, ainsi que les représentations sociales dont ils sont porteurs, par le regard posé sur eux comme par celui qu'ils posent eux-mêmes sur le monde qui les entoure.
La seconde partie donne la méthodologie de l'entretien et présente les particularités de l'écoute des aînés. Georges Arbuz, anthropologue spécialisé dans le grand âge, commence par rappeler les bases d'une bonne relation d'écoute et les différentes attitudes telles que Carl Rogers les a définies. Il insiste ensuite sur le respect et l'empathie dus aux personnes. Si la majeure partie du texte concerne les seniors, les chapitres consacrés à la technique de l'entretien peuvent être utiles à toute personne confrontée à ces situations dans sa vie professionnelle.
Ce livre est principalement destiné aux soignants et aux travailleurs sociaux, il aborde néanmoins le cœur du métier des aumôniers : l'écoute et l'accompagnement.
Georges Arbuz revient sur l'élaboration de ce livre dans une vidéo publiée sur la chaîne Youtube des éditions Érès.

Hélène Biarnais
médiathèque du diocèse de Gap

mercredi 18 janvier 2017

Les nouveautés du mois de janvier 2017

Nouveautés janvier 2017



BERNARD DE CLAIRVAUX. – Sermons pour l’année. Tome II. 1 : De la Septuagésime à la Semaine Sainte. – Paris, Editions du Cerf, 2016. 418 pages.

BETSCHART, Christof (dir.). – La liberté chez Edith Stein. – Toulouse, Editions du Carmel, 2014.190 pages.

CAZIAUX, Eric (dir.). – Paroles de foi et réalités éthiques : quelles voies et quelles voix ? Conférences de la Fondation Sedes Sapientiae et de la Faculté de théologie, Université de Louvain (février-mars 2015). – Namur, Lumen Vitae, 2016. 148 pages.

GILBERT, Maurice. –Les livres sapientiaux. – Paris, Le Cerf, 2017. 163 pages.

GUIBAL, Francis. – Faut-il renoncer à la métaphysique ? – Paris, Editions Facultés Jésuites de Paris, 2016. 276 pages.

MOREROD, Charles. – L’Eglise et la recherche humaine de la vérité. – Paris, Parole et Silence, 2016. 175 pages.

NOBEL, Ludovic. – Introduction au Nouveau Testament. – Paris, Editions du Cerf, 2017. 159 pages.

PISON, Ramón Martínez. – Le Dieu qui tient parole : petite histoire du salut pour aujourd’hui. – Montréal, Médiaspaul, 2016. 120 pages.

POUDERON, Bernard (dir.) ; SALAMITO, Jean-Marie (dir.) ; ZARINI, Vincent (dir.). – Premiers écrits chrétiens. – Paris, Gallimard, 2016. 1579 pages.

SICARI, Antonio-Maria. – Elisabeth de la Trinité : la logique de la foi. – Toulouse, Editions du Carmel, 2016. 332 pages.

STEFFENS, Martin. – Rien de ce qui est inhumain ne m’est étranger : éloge du combat spirituel. – Paris, Editions Points, 2016. 182 pages.


VASILIU, Cristian Ciocan Anca (dir.). – Lectures de Jean-Luc Marion. – Paris, le Cerf, 2016. 427 pages.


Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocèse d'Aix-en-Provence et Arles

La Trinité dans la Bible

Daniel Bourguet, Sur les bords du Jourdain, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Lyon : éd. Olivétan, coll. Veillez et priez, 2016, 167 p., 14 €.
La Trinité est un concept mystérieux, qui a soulevé beaucoup de questions dès l'origine du Christianisme. Dans cet ouvrage, Daniel Bourguet propose une lecture des passages bibliques qui éclairent ce point.
À partir de la rencontre de Thomas avec Jésus ressuscité (Évangile de Jean, chapitre 20, versets 24 à 29), il guide le lecteur pas à pas à travers les épîtres de Paul et de Pierre et les évangiles de Jean, Marc et Matthieu. Il montre d'abord la divinité du Christ, puis l'unicité de Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il insiste particulièrement sur le caractère personnel de ce dernier, parfois interprété comme une énergie, mais bel et bien défini comme une personne par Jésus.
Chaque chapitre est conclu par la Prière d'André, qui donne un caractère proprement contemplatif à cet ouvrage d'exégèse.
Daniel Bourguet, pasteur de l'Église protestante unie, a été professeur d'Ancien testament à l'Institut protestant de théologie de Montpellier. Dans cet ouvrage, il met en œuvre ses qualités de pédagogue, démontrant bien pour chacun de ses arguments les tenants et les aboutissants du texte biblique. Il offre ainsi une exégèse de qualité à la portée de tous.

Hélène Biarnais
Médiathèque du diocèse de Gap

mardi 17 janvier 2017

Comment Jésus a formé ses disciples pour en faire des apôtres ?

Jean-Philippe Auger, Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires, préface du cardinal Gérald Cyprien Lacroix, Paris : Salvator, 2016, 231 p., 20 €.
Dans une relecture audacieuse, et très américaine, des Évangiles, le père Jean-Philippe Auger, professeur de théologie pastorale à l'Institut de formation théologique de Montréal, montre comment les attitudes de Jésus envers ses disciples peuvent être comparées à des techniques de coaching aujourd'hui éprouvées.

Une attitude de leadership

Dès leur appel, Jésus est présent auprès de ses disciples pour les former au Royaume qu'il annonce. Le père Jean-Philippe Auger distingue trois types de relations d'enseignement, maître/élève, maître d'œuvre/apprenti, maître d'initiation/novice. Jésus utilise tour à tour chacune d'entre elles pour permettre à ses compagnons de montrer le meilleur d'eux-mêmes et faire émerger les leaders nécessaires à l'application de son injonction « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Matthieu 28, 19-20). Ces méthodes peuvent-elles inspirer nos communautés chrétiennes pour la formation d'accompagnateurs et de catéchistes efficaces ?

Un ouvrage clair et pratique

Le plan de l'ouvrage est très clair. La première partie concerne l'exégèse alors que la seconde est l'application des principes ainsi dégagés. Chaque chapitre se termine par un résumé et par un questionnaire sur les pratiques personnelles du lecteur, qui permettent d'exploiter facilement ce livre dans un groupe de travail.
Hélène Biarnais,
Médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun

samedi 14 janvier 2017

De l'âme : François Cheng





De l’âme : sept lettres à une amie
François Cheng
Paris, Albin Michel, 2016 162 pages




« De l’âme  « Lorsque j’ai reçu votre première lettre, chère amie, je vous ai répondu immédiatement. Avoir de vos nouvelles plus de trente ans après m’a procuré une telle émotion que ma réaction ne pouvait être qu’un cri instantané.
« Votre deuxième lettre, que j’ai sous les yeux, je l’ai gardée longtemps avec moi, c’est seulement aujourd’hui que je tente de vous donner une réponse. La raison de ce retard, vous l’avez sans doute devinée, puisque votre missive contient une singulière requête : "Parlez-moi de l’âme"…
Votre phrase : "Sur le tard, je me découvre une âme", je crois l’avoir dite à maintes reprises moi-même. Mais je l’avais aussitôt étouffée en moi, de peur de paraître ridicule. Tout au plus, dans quelques-uns de mes textes et poèmes, j’avais osé user de ce vocable désuet, ce qui sûrement vous a autorisée à m’interpeller. Sous votre injonction, je comprends que le temps m’est venu de relever le défi… »

Nous ne saurions rien de cette « chère amie » que François Cheng présente comme une inconnue rencontrée par hasard dans le métro il y a des années et qui soudain lui demande « Parlez—moi  de l’âme ! ». Mais grâce à cette scène l’auteur va nous livrer en sept lettres sa pensée sur ce qu’est l’âme pour lui.
Pour relever ce défi il revisite les philosophes et aussi les mystiques chinois, taoïstes ou occidentaux et des bribes de sa vie (souvenir d’enfance, lectures, impressions glanées au fil de ses rencontres et de ses promenades).

François Cheng aborde ce « terreau natif et irréductible de chaque être » et au fil du texte il va cerner les contours de l’âme, cette « clef de voûte » qui n’intéresse plus guère notre monde contemporain seulement préoccupé des exploits du corps ; en effet il nous fait comprendre que nous avons à la fois un corps, un esprit et une âme.
Au-delà de ses expériences personnelles ou de ses considérations philosophiques il emmène le lecteur bien loin : toutes les religions ont tenté de nous dire ce qu’était l’âme, ce qu’elle devenait après la mort « corporelle » et cela ne lui est pas indifférent ; il ne parle pas directement de Dieu qu’il ne nomme pas ni de résurrection mais en parlant de « communion des saints » on perçoit qu’il n’est pas loin d’une vision chrétienne de l’âme. D’ailleurs il signe sa dernière lettre « aum » (mot sacré dans l’hindouisme)  et surtout par ce dernier mot chrétien « Amen ».

En temps que romancier et poète François Cheng nous a livré sous forme épistolaire sa pensée sur l’âme où se révèle tout son talent littéraire et poétique. Aujourd’hui si une telle réflexion sur l’âme est rare c’est une raison suffisante pour se plonger dans ce petit livre et pour certains de découvrir cet auteur..


Biographie de l'auteur

François Cheng, d’origine chinoise (naturalisé en 1971), de l'Académie française, est à la fois poète (Entre source et nuage, 1990 ; Le Livre du vide médian, 2004), romancier (Le Dit de Tianyi Prix Femina 1998, L'Eternité n'est pas de trop 2002, Quand reviennent les âmes errantes 2012) et essayiste (Cinq méditations sur la beauté 2006, L'un vers l'autre 2008, Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie, 2013, Assise, 2014).

Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles.

jeudi 12 janvier 2017

Un roman utopique de Vincent Borel

Vincent Borel, Fraternels, Paris : Sabine Wespieser éd., 2016, 553 p., 26 €.
Dans une société utopique et uchronique, où la logique de consommation est poussée à son extrême, une catastrophe écologique majeure se prépare.
Vincent Borel, auteur né à Gap qui signe ici son huitième roman, décrit d'une plume mordante les travers de nos contemporains : l'omniprésence des écrans qui coupe toute communication entre les personnes, le mépris de l'environnement, la mondialisation effrénée... Par des caricatures volontairement transparentes (on reconnaît aisément la compagnie Opié et son produit-phare l'Ifon 11) et des comportements exacerbés, une action menée tambour battant, il conduit le lecteur jusqu'à « un final libertaire, burlesque et transgressif », marquant la renaissance d'une génération, qu'il situe à quelques kilomètres de Cadarache.

Hélène Biarnais
Médiathèque du diocèse de Gap et d'Embrun

lundi 9 janvier 2017

Le malheur français : Marcel Gauchet

Comprendre le malheur français : entretiens avec Eric Conan et François Azouvi
Marcel Gauchet
Paris, Stock, 2016. 378 pages

Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l’Europe et le monde, comme un malheur incomparable ?

« Pour les Français, la mondialisation est une rupture majeure. A l’intérieur du déclassement général de toutes les autres nations, européennes, la France subit le choc frontal de son héritage historique avec une provincialisation à laquelle elle ne se résigne pas. C’est sûrement l’une des clés du pessimisme français » (p. 33)

Marcel Gauchet aborde ce problème d’une façon originale, en procédant d’abord à un vaste examen historique du XVIIè-XVIIIè siècles à nos jours. Revenant sur le XXè siècle l’auteur analyse longuement les septennats de De Gaulle et de
Mitterrand, l’un et l’autre importants pour comprendre le présent ;  mais il analyse également sans concessions les politiques menées par leurs successeurs de Valéry Giscard d’Estaing à François Hollande
Puis Marcel Gauchet s’attaque aux ressorts de la société française d’aujourd’hui, dont il dissèque les maux : la mondialisation et l’insertion dans l’ensemble européen ressentis en France avec une particulière inquiétude ; le divorce entre les élites et le peuple qui prend chez nous ce tour dramatique ; la responsabilité ide nos dirigeants dans la montée de ce qu’on appelle «le populisme » ; et enfin dans le marasme français le néo-libéralisme assumé par la Gauche et auquel Mitterrand a converti la France sans le dire.

Ainsi nous sommes passés dans un monde où ce n’est pas le politique qui régule l’économie mais le marché qui impose ses lois au politique : « Nous sommes dans un nouveau mode de fonctionnement de l’économie, dans une nouvelle société dont le défi, adressé à la République, est désormais l’individu. Plus le citoyen ni les masses organisées, l’individu. La République des citoyens fonctionnait. La République des grandes organisations aussi. Mais la République des individus, c’est une autre affaire ! Des individus qui se réclament de leurs intérêts privés, qui se soucient comme d’une guigne de l’intérêt général, qui récusent l’autorité de l’Etat et pour qui la loi se définit de plus en plus comme ce qu’il faut contourner » (p. 214).

Les Français en tirent les conséquences : perte de confiance dans les élites qui nous gouvernent, sentiment profond que la mondialisation nous est imposée et que la France doit se dissoudre  sans ce vaste marché sans âme. « Ce qui est perçu le plus profondément, c’est que le monde et sa marche vont contre ce que nous sommes et, face à ce rouleau compresseur, nous ne sommes pas défendus. C’est le cœur du reproche principal fait à la fois aux hommes politiques et aux médias : les élites ne nous défendent pas parce qu’elles sont les alliées du mouvement de modernisation et de mondialisation dans lequel la spécificité française est appelée à se dissoudre. On ne voit pas comment cette manière d’être originale que l’on appelle le “modèle français” pourrait perdurer… » (p. 16).
L’auteur ne se montre guère indulgent sur le fonctionnement de l’Europe et les discours sur les bienfaits de cette Europe ne suscitent guère que la méfiance ou même le rejet : « ce n’est pas l’Europe qui a bâti la paix, mais l’inverse : l’Europe s’est bâtie grâce à la paix d’un genre spécial assurée par la Guerre froide. Quant à la prospérité, elle a été générale dans le monde occidental durant les trente ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, y compris pour des pays qui n’étaient pas embarqués dans l’aventure européenne. Celle-ci a pu être au plus un adjuvant. Mais la question brûlante aujourd’hui, ce sont les perspectives d’avenir. Que nous promet l’Europe ? » (p. 162).

L’auteur montre que nous sommes aujourd’hui au plein coeur d’une période d’idéologie (quand bien même on s’évertue à nous dire que le temps des idéologies est mort !), d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est jamais repérée pour ce qu’elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s’agit de l’idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés

Quant à la place de la France dans le monde  Marcel Gauchet le dit franchement : « la France ne sera jamais plus une grande puissance » et qu’il n’y a rien à regretter. Cela mérite débat. Il est vrai que la France ne sera jamais plus une grande puissance coloniale, ni une puissance impériale – ce qu’elle était brièvement devenue au rebours de sa vocation nationale. Il est vrai qu’il n’est pas dans la vocation de la France de dominer l’Europe car au rebours du nationalisme, une nation historique se conçoit dans le concert des nations. Mais il faut que la France dispose d’une puissance suffisante pour préserver son vaste domaine terrestre et maritime, pour diffuser sa culture  et pour participer au maintien ou au rétablissement des grands équilibres mondiaux – politiques, économiques, écologiques…"  

Il y cependant dans les dernières lignes de ce livre une note d’espoir : si la France a perdu sa puissance Marcel Gauchet évoque ce qui fait la force de ce pays : la liberté d’esprit et la capacité d’imagination qui permettront encore à la France et aux Français d’être utiles au monde et parfois exemplaires. La France à une vocation universaliste et cette ambition peut arracher ce pays au « malheur français »



Biographie de l'auteur

Marcel Gauchet est directeur d’études à l’EHESS et rédacteur en chef du Débat. Il est notamment l’auteur d’une histoire philosophique du monde contemporain intitulée L’Avènement de la démocratie (trois volumes, Gallimard, 2007, 2010). Chez Stock il a publié La Condition historique (2002), et avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, Conditions de l’éducation (2010) et Transmettre, apprendre (2014). Marcel Gauchet est ici interrogé par Éric Conan, journaliste à Marianne et auteur entre autres de Vichy, un passé qui ne passe pas (avec Henry Rousso, Fayard, 1994) et de La Gauche sans le peuple (Fayard, 2004), et par François Azouvi, directeur honoraire de recherche au CNRS, et auteur notamment du Mythe du grand silence. Auschwitz, les Français, la mémoire (Fayard, 2012).

publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles