mercredi 24 août 2016

Un roman graphique drôle et décalé sur la foi

Laurent Bidot, J'y crois pas : tribulations d'une brebis égarée, Paris : Mame, 2016, 127 p., 16,90 €.


Bob est un adolescent qui vient de rompre avec sa copine. Déprimé, il se rend à la librairie, où le vendeur d'habitude si clairvoyant lui conseille... la Bible en manga ! Malgré ses réticences, Bob se laisse prendre par le récit, puis souhaite en savoir plus avec l'aide d'un prêtre. Il rencontre ainsi le père Cugnan, qui l'accompagne dans sa (re)découverte du Credo. La réaction du « Padre » quand Bob lui parle de sa rupture est très bien sentie : plutôt que de lui faire la morale, il l'encourage à remettre en question son attitude envers sa petite amie.
Les souvenirs de caté, les interrogations à propos des différents points du dogme catholique, les nombreuses références au cinéma et aux séries télévisées sont hilarantes. Toutefois, on peut se demander si ces évocations correspondent bien à la culture d'un jeune aujourd'hui. Le dessin, plutôt cru, destine cet ouvrage à des adolescents avertis, voire à leurs parents, plutôt qu'à des collégiens. Enfin, la chute finale est un peu décevante.

Malgré cela, ce roman graphique est divertissant et éclaire avec humour les points difficiles du Credo : l'omnipotence de Dieu qui n'empêche pourtant pas le mal, les Enfers où descend Jésus après sa mort à ne pas confondre avec l'Enfer de ceux qui rejettent catégoriquement l'amour de Dieu, la Création en sept jours...
Le blog de Laurent Bidot permet de prolonger la lecture et de découvrir d'autres œuvres de ce dessinateur de talent.

lundi 22 août 2016

Aux origines de l'Islam









Le messie et son prophète : aux origines de l’Islam.Tome I : De Quram à MuhammadTome II : De Muhammad des Califes aux Muhammad de l’histoireEdouard-Marie GallezVersailles, Editions de Paris, 2010-2012. 2 volumes (574 pages, 524 pages)


Ces deux gros volumes présentent la thèse de Edouard-Marie Gallez pour le doctorat en théologie/histoire des religions soutenue à l’Université de Strasbourg II en 2004. C’est le résultat de plus de dix ans de recherches qui se répartit en deux tomes : le premier et axé sur le phénomène messianique et le second sur les questions islamologiques.

Pour l’auteur l’Islam s’enracine dans le judaïsme et le christianisme à travers les dérives de sectes  judéo-chrétiennes  qui avaient transformé le messianisme biblique en idéologie du salut : ils attendaient la seconde venue du messie qui dominerait la terre, la soumettant au pouvoir absolu de « Dieu » mais surtout de ses fidèles.
En partant d’une interprétation nouvelle des textes et des vestiges archéologiques l’auteur montre comment il est possible à l’historien de suivre cette pensée messianique qui se fait jour au IIè siècle de notre ère : il s’agit d’un système de pensée  qui de la fin du Ier siècle à la fin du Vième siècle donne naissance à une éphémère communauté judéo-arabe pour donner naissance à l’Islam tel qu’on le présente aujourd’hui.

Dans le premier tome l’auteur s’attache à déconstruire des certitudes :
- l’islam est né de la conjonction, dans la première moitié du VIIee siècle, de trois éléments qui vont se conjugués pour donner naissance à à l’Islam : les arabes qui avaient sans doute un vernis de christianisme, la présence de chrétiens appelés judéos-nazaréens porteurs d’une idéologie messianique de conquête, et pour finir le charisme d’un chef de guerre Mahomet appartenant à tribu arabe qui va permettre la réalisation d’une partie de cet objectif.une dans une alliance objective :

Dans le second tome Edouard-Marie Gallez donne une autre perspective sur le personnage de Mahomet et sur la diffusion de l’Islam par les califes qui se sont succédés  après la mort de Mahomet pour prendre le pouvoir .

 Délaissant les biographies officielles  E.-M. Gallez livre un autre portrait de Mahomet, loin de celle du prophète à qui l’ange Gabriel aurait révélé le Coran. Il dépeint un de ces hommes qui marque l’histoire par leur forte personnalité. En effet, il fut à la fois négociant, prédicateur, conquérant et chef d’Etat. Chef charismatique il va réussir à fédérer les tribus arabes, leur imposer une idéologie guerrière en  reprenant à son compte les idées messianiques des judéo-chrétiens qu’il connaissait bien pour les avoir côtoyés grâce à son métier de négociant à travers le Moyen-Orient. Ses qualités vont lui permettre d imposer une théocratie qui sera reprise et développée par ce qu’on appelle le califat.
Ainsi le Coran loin d’être un texte venant de Dieu lui-même serait le résultat d’une compilation de sources à la fois juives et chrétiennes. Ceci expliquerait alors pourquoi l’on y trouve de nombreux éléments que l’on peut retrouver  à la fois dans la Bible hébraïque et la Bible chrétienne. D’autre part l’on sait que le canon définitif fut élaboré après la mort de Mahomet par le premier calife Abû Bakr.


Conclusion

Cette analyse éclaire d’un jour nouveau - mais bien  loin de ce que l’on peut lire ou entendre -  cette période encore très mal connue de l’histoire du Proche-Orient. Les conclusions qu’en tirent l’auteur ne sont peut-être pour l’instant qu’une hypothèse scientifique que d’autres recherches historiographiques devront confirmer ou infirmer

publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles




vendredi 19 août 2016

Enfant précoce : comment l'accompagner à la maison ?

Nathalie Chardon, Catherine Gié, Atout précoce : j'accompagne mon enfant à haut potentiel, Lyon : Chroniques sociales, coll. Comprendre les personnes : l'essentiel, 2016, 143 p., 14 €.


Nathalie Chardon et Catherine Gié ont publié en 2015 Élèves précoces, agir et apprendre autrement aux Chroniques sociales. Il est à rapprocher du livre de Roselyne Guilloux, Les élèves à haut potentiel intellectuel que nous avons présenté ici.
Atout précoce : j'accompagne mon enfant à haut potentiel traite de l'éducation des enfants précoces dans la cellule familiale. Comme l'indique la quatrième de couverture, cet ouvrage met en avant trois axes : reconnaître la singularité de l'enfant surdoué, développer son sens de l'effort et l'aider à s'organiser dans son travail scolaire. Ces trois aspects apparaissent aussi dans le plan. Les trois grandes parties s'intitulent « accompagner un enfant à haut potentiel, c'est 'repérer', 'comprendre' et 'reconnaître' sa spécificité », « accompagner un enfant à haut potentiel, c'est 'apprécier' et 'valoriser' son formidable potentiel », « accompagner un enfant à haut potentiel, c'est 'faire face' à des situations particulières ».

Un guide pour détecter la précocité et adapter l'éducation


La première partie expose de manière très classique les indices permettant de repérer la précocité et d'identifier les spécificités de ces enfants. Les auteurs reprennent ce qui est exposé par les spécialistes reconnus sur le sujet : Arielle Adda, Jean-Charles Terrassier et Olivier Revol sont d'ailleurs cités en bibliographie. Les deux parties suivantes sont destinées aux parents qui s'interrogent sur les solutions pour adapter l'éducation de leur enfant à ses particularités intellectuelles et psychologiques. La part belle est faite aux activités extrascolaires. L'aspect scolaire est traité du point de vue parental : quels éléments prendre en compte pour décider d'un saut de classe ou d'un redoublement, que faire face au harcèlement ou à la phobie scolaire... Les questions affectives sont aussi abordées, en particulier la gestion de l'hypersensibilité souvent présente chez ces enfants.

mercredi 17 août 2016

Résurrection : mode d'emploi






Résurrection mode d’emploi

Fabrice Hadjadj

Paris, Magnificat, 2015. 190 pages




"Forcément, l'événement d'un Ressuscité paraît difficile à avaler pour un habitué des avatars, des profils, des objets 3D qui ne sont ni nés ni morts ni vivants. Mais pour un gars positif et manuel d'autrefois, un paysan, un meunier, un mégissier, c'était de l'invraisemblable, sans doute, et cependant à peine entendait-il : Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit (Jean 12, 24), ça devenait simple, c'était aussi vrai qu'avril, le renouveau de la verdure, l'or des moissons..."  (page 137-138).

Que nous disent les apparitions du Christ après sa Résurrection ? Comment les comprendre aujourd’hui ? C’est à travers une méditation tantôt profonde, tantôt sur un ton léger voire familier que Fabrice Hadjadj revisite les récits des évangélistes pour poser une regard neuf sur le mystère du Ressuscité.

Dans ce petit livre il donne vie au Ressuscité en explorant des thèmes qui ont prise directe sur notre vie quotidienne : l’argent, la féminité, le service, l’attention aux autres, les repas, le pardon, le martyre, l’évangélisation….. La méditation de l’auteur – même si on peut lui reprocher certaines longueurs ou des digressions au ton décalé  - a le mérite de nous présenter le Ressuscité non dans une gloire inaccessible mais dans ce qui le rend proche de chacun : « La dernière leçon du Verbe incarné fut de reprendre des gestes simples et par là de leur apprendre à ne plus le voir lui, mais à voir toutes choses en lui, et à reconnaître sa gloire partout qui affleure dans le quotidien » (page 187).

Ce livre c’est l’antithèse d’un autre ouvrage qui fut fureur il y a quelques années : « Suicide : mode d’emploi ». Au lieu de nous apprendre à mourir il nous apprend à vivre.


Fabrice Hadjadj, essayiste et dramaturge, dirige Philanthropos (Institut européen d’études anthropologiques à Fribourg, Suisse). Il est lauréat du Grand Prix catholique de littérature (2006) et du Prix du Cercle Montherlant – Académie des beaux-arts (2009


Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles


mardi 16 août 2016

Françoise Mallet-Joris (1930-2016)

Françoise Mallet-Joris (1930-2016)


La romancière Françoise Mallet-Joris décédée à l'âge de 86 ans.

Née à Anvers en 1930, fille du ministre libéral Albert Lilar et de l’écrivaine Suzanne Lilar, elle était membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique depuis 1993

C’est sous un pseudonyme qu’elle se fit connaître avec son roman Le Rempart des Béguines en 1951 où elle raconte une histoire d’amour entre deux femmes, roman qui eut une suite sous le titre de La Chambre rouge. Admiratrice de Colette, elle avait notamment écrit des récits autobiographiques comme « Lettre à moi-même », « La maison de papier », un de ses grands succès, sur ses démêlés familiaux et domestiques, ou « La double confidence », autour de sa mère.
Élue à l’Académie Goncourt en 1971, elle en fut membre jusqu’en 2011. Elle avait reçu le Prix Femina pour « L’empire céleste » en 1958.

Cette féministe qui marqua ce mouvement à l’époque des années 1970-1980 : elle « a eu une grande audience notamment chez les femmes mais pas que chez les femmes ». « Ce n’était pas qu’une romancière pour femmes, contrairement à ce que l’on a pu dire en raison de ses engagements ».

Il faut noter qu’elle fréquenta le milieu de la chanson et du chow-business : ainsi elle écrivit les textes pour la chanteuse Marie-Paule Belle : (La Parisienne en 1976)



Quelques unes de ses œuvres sont à la bibliothèque diocésaine d’Aix-en-Provence


MALLET-JORIS, Françoise. - Les Signes et les prodiges : Roman. – Paris, Grasset, 1966. 372 pages.

MALLET-JORIS, Françoise. – La maison de papier. - Paris, Grasset, 1970. 272 pages.

MALLET-JORIS, Françoise. - Lettre à moi-même. – Paris, Julliard, 1963. 237 pages.
 / Françoise Mallet-Joris


MALLET-JORIS, Françoise. - L'Empire céleste. – Genève, Edito-service, 1970


Publication : Claude Tricoire - Bibliothèque diocésaine d'Aix et Arles

dimanche 14 août 2016

« Avant il y avait moi. Maintenant il y a l'autisme... et moi »

Annick Langlois, L'autisme main dans la main : guide, ressources et outils, Boucherville (Québec) : Béliveau éditeur, 2016, 189 p.


Annick Langlois est la maman d'Alice, 7 ans, autiste. Elle raconte dans cet ouvrage son quotidien, ses espoirs, son parcours pour l'accompagner, ses joies et ses peines, avec beaucoup de franchise. Comme elle le dit dès le premier chapitre, ce livre « se veut un témoignage d'amour, un soutien, un outil et un guide » (p.15). De manière très claire, il ne s'agit pas ici d'expliquer ce qu'est l'autisme, de dresser des listes de symptômes ou de donner des indices qui doivent alerter. Annick Langlois se contente de partager son vécu. Tous les conseils qu'elle donne sont destinés à aider les parents à mieux vivre leur situation : prendre du temps pour soi, ne pas se décourager devant l'apparente absence de progrès de l'enfant, veiller à préserver son couple... Quand elle aborde un aspect médical, elle avoue honnêtement ne décrire que ce qui a fonctionné pour sa fille, sans préjuger de l'efficacité sur d'autres enfants. Par exemple, elle parle de l'approche biomédicale en décrivant les bienfaits pour Alice, mais en précisant bien qu'il s'agit d'une démarche considérée pour l'instant comme non scientifique.

Un ouvrage pour partager son expérience

Les « tranches de vie » sont mises en avant par une typographie différente et illustrent les sujets. Cela donne beaucoup de vie à l'ensemble. L'auteur insiste sur deux aspects : l'enfant doit être considéré pour lui-même, au-delà de son handicap, et c'est aux parents de prendre les décisions qui le concernent, aidés en cela par le corps médical qui leur présente les différentes options. Ce sont eux qui connaissent le mieux leur enfant et qui sont les plus à même de juger de la situation familiale dans son ensemble, ainsi que des bénéfices réels de chaque thérapie.

vendredi 12 août 2016

L'échelle mystique du dialogue de Christian de Chergé

L’échelle mystique du dialogue de Christain de Chergé (Tibhirine 1996-2016)
Christian Salenson
Paris, Bayard , 2016. 236 pages.


"Le temps présent a besoin de chrétiens et de musulmans qui empruntent l'échelle mystique du dialogue, car l'espérance nous dit que, vraiment, il y a mieux à faire entre nous aujourd'hui, ensemble." (Christian Saleson, page 230).

« L'échelle mystique du dialogue" est à l'origine une conférence de Christian de Chergé en 1985 sur les étapes spirituelles du dialogue avec l'islam De même il donne à Rome en 1989 une conférence intitulé « Chrétiens et musulmans pour un projet commun de société ». : c'est une proposition profondément originale et prophétique. surtout pour aujourd’hui dans nos rapports avec le monde musulman.
Plusieurs versions de « L’échelle mystique du dialogue » seront publiées dans des revues et des recueils, sous des titres différents. Jamais encore ce texte n'avait été publié pour lui-même, avec l'ensemble de ses variantes. Christian Salenson en propose ici l'édition la plus complète, annotée et accompagnée d'une lecture en regard de notre
situation contemporaine. Le Père Christian Salenson  a beaucoup contribué à faire connaître la pensée de Christian de Chergé et la mission des moines de Tibhirine assassinés il y a vingt ans.

Ces textes que nous pouvons lire dans cet ouvrage sont une invitation au dialogue entre chrétiens et musulmans dans une relation vraie et fraternelle. Il s’agit moins de chercher à convertir l’autre. Ces textes représentent le testament spirituel du moine de Tibhirine et ont leur origine dans l’expérience vécu alors qu’il était officier  pendant la guerre d’Algérie quand un musulman a sacrifier sa vie pour lui. Cet évènement fondateur a été à l’origine de sa mission dans ce monastère de l’Atlas algérien : il peut ainsi nous livrer ses réflexions sur la communion des saints, sur la place des différentes religions dans le plan de Dieu sur le mystère du salut….

Ce texte est un document passionnant, un témoignage bouleversant sur le dialogue nécessaire entre chrétiens et musulmans car il va à l’encontre de ce que nous pouvons penser de la religion des musulmans en particulier et des musulmans en général et même peut-on y trouver une certaine naïveté de la part de Christian de Chergé. Christian de Chergé déploie dans ces pages son testament spirituel et eschatologique quant à "un projet commun de société".

Pour finir une méditation de Christian de Chergé sur la communion des saints (in L'échelle mystique du dialogue", 18)
"L’au-delà de la communion des saints, où chrétiens et musulmans, et tant d’autres avec eux, partagent la même joie filiale, il nous revient de le signifier visiblement, comme tous les autres mystères du royaume. Et comment s’y prendre autrement qu’en aimant maintenant, gratuitement, ceux qu’un dessein mystérieux de Dieu prépare et sanctifie par la voie de l’Islam, et en vivant avec eux le partage eucharistique de tout le quotidien ? De plus il me semble qu’en entrant dans l’urgence d’incarnation de cette réalité de communion qui nous dépasse tellement, on exorcise au mieux les relents de prosélytisme et cette idée fixe qui tend à réduire la conversion au passage d’une religion à l’autre. Quand il y a passage effectivement, c’est que Dieu est intervenu plus loin que les médiations humaines, et cela aussi impose le respect."

Publication : Claude Tricoire - Biblièque diocésaine d'Aix et Arles